3.3. Espèces en cours de clonage
Un article de mai 2000 (Sydney AP) explique que des scientifiques australiens veulent utiliser les gènes d'un tigre de Tasmanie conservé dans l'alcool depuis cent trente-trois ans pour ressusciter l'espèce.
Sur une étagère poussiéreuse de l'Australian Museum, à Sydney, le corps d'un jeune tigre de Tasmanie est conservé dans un bocal depuis 1866. Les scientifiques espèrent utiliser une séquence d'ADN extraite de ce loup marsupial pour créer un clone. Selon le professeur Michael Archer, directeur de l'Australian Museum, l'ADN, provenant du cœur, du foie, de muscle et de moelle épinière, est de très bonne qualité. L'échantillon provient du plus jeune spécimen bien qu'on ait trouvé d'autres dépouilles. On l'a préféré aux autres car il était conservé dans de l'alcool plutôt que dans du formol. L'alcool endommage moins l'ADN.
Ce projet de recherche très complexe devrait prendre des années et coûter environ 48 millions de dollars. Mais, si l'on en croit ceux qui le soutiennent, le jeu en vaut largement la chandelle et le résultat sera absolument sans précédent. Etant donné qu'il existe au moins six autres spécimens de cet animal dans d'autres musées du monde, les clones pourront être croisés avec ces tigres, affirme Don Colgan, le responsable du département de biologie de l'évolution de l'Australian Museum. "La préparation contient suffisamment d'ADN pour que nous pensions qu'elle contient de nombreuses copies de presque tous les gènes du loup de Tasmanie", a expliqué le Docteur Don Coglan. L’ADN est endommagé mais beaucoup moins que le matériel ponctionné lors d’autres tentatives sur des espèces animales disparues, comme les mammouths ou les Moas de Nouvelle-Zélande. La prochaine étape consiste désormais à reconstituer la structure génétique du thylacine. Mais il faudra attendre des avancées de la biologie génétique avant que les gènes ne puissent être utilisés pour produire un clone, en utilisant vraisemblablement comme hôte un marsupial australien. La mise en ordre des différents gènes qui composent les chromosomes de l’animal sera une autre paire de manches, même si l’exemple d’un marsupial carnivore proche, le diable de Tasmanie, pourrait être d’un grand secours. Les techniques informatiques de séquençage sont actuellement crédibles dans le projet du génome humain, mais elles devront ici être adaptées à un autre un mammifère. Un ovule de diable de Tasmanie pourrait un jour être fécondé par le matériel génétique complet d’un thylacine. Si la fécondation réussit, si les animaux sont viables, s’ils se reproduisent, ils seront placés sur une île déserte proche de la Tasmanie, île dont l’écosystème évoque celui où vivaient les marsupiaux zébrés de bandes noirs. Il y a une chance sur deux de revoir un thylacine dans les 200 prochaines années. Pour la décennie à venir, la probabilité retombe à moins de 5% de probabilités de succès.
Des scientifiques anglais espèrent extraire de l'ADN de l'oiseau disparu afin de donner vie à un spécimen de cette espèce ou à un cousin très proche. Malgré les progrès faits en génétique ces dernières années, le pari reste difficile à réaliser. Une équipe de l'université d'Oxford travaille sur des tests d'ADN de pigeons de la région Afrique/océan Indien. Parallèlement, des travaux sont effectués pour "recréer" l'ADN du dodo. Avec, au bout de ses efforts, l'espoir de faire revivre le dodo, effacé du territoire mauricien il y a des siècles.
Des cellules du dodo sont disponibles. Alors que les dinosaures ont disparu de la surface de la Terre depuis des millions d'années, le dernier dodo a été vu, il y a seulement quelques siècles. Le musée d'Histoire naturelle de l'université d'Oxford possède une tête et une patte de dodo, une autre patte se trouve à Londres, et plusieurs os sont également conservés en Angleterre.
Les scientifiques espèrent en tirer de l'ADN en assez bon état pour le comparer à celui d'autres espèces, très proches, qui existent encore en Afrique ou dans la région océan Indien. Ceci, afin de mieux connaître les origines du dodo et, de là, avoir de meilleures chances de redonner vie à l'espèce. Les scientifiques qui travaillent sur le projet veulent étudier, ainsi, le Victoria Crown Pigeon, de Nouvelle Guinée, un gros oiseau qui vit au sol et qui vole très peu. Des oeufs de ce "cousin" du dodo, après implantation de l'ADN de l'oiseau disparu, pourraient servir à donner le jour à un dodo vivant. L'ADN de ces pigeons pourrait aussi compléter l'ADN endommagé du dodo.
Un autre moyen envisagé pour recréer le dodo ou, plus certainement, un animal très proche, est le cross breeding. Autrement dit, faire croiser différentes espèces de "cousins" du dodo afin d'obtenir une nouvelle espèce réunissant le maximum de caractéristiques du dodo lui-même.
Un savant japonais rêve de ressusciter le moas. Le professeur Yasuyuki Shirota, de l'université d'Hirosaki, compte utiliser pour cela un embryon de poulet à condition bien sure de lui faire subir un traitement spécial : la greffe de gènes homéobox, qui contrôlent le développement), prélevés dans l'ADN d'un vieux fémur de moas. Il reste à isoler ces gènes dans l'ADN forcement mal en point d'un os vieux de 300 ans.
De l'ADN prélevé sur des mammouths par différentes équipes de recherche :
Japon :
Des chercheurs japonais veulent récupérer des tissus de mammouths congelés dans l'espoir de cloner ce grand éléphant préhistorique. Sans être absurde, l'idée ne sera pas facile à mettre en oeuvre.
Au cours de l'été 1999, les chercheurs japonais Kazufumi Goto et Akira Iritani ont parcouru la Sibérie à la recherche de carcasses de mammouths. Leur rêve est de trouver assez de tissus congelés dans le pergélisol pour reconstruire l'ADN de ce grand éléphant préhistorique, et ainsi éventuellement produire des mammouths vivants.
À ce jour, les Japonais n'ont récupéré que des os et quelques fragments de peau. Mais ils ne perdent pas espoir. Dans le passé, le sol sibérien a déjà livré des mammouths entiers, congelés depuis 11 000 ans. Toutefois, même après une telle découverte, ils ne seraient pas au bout de leurs peines.
Le gel détruit la structure des cellules vivantes. Il a aussi tendance a dégrader l'ADN et à le fragmenter en de petits morceaux qu'il n'est pas facile de recoller par la suite. Surtout que le code génétique du mammouth contient probablement 50 000 gènes environ.
Dans le meilleur des cas, on pourrait récupérer quelques cellules encore en état de marche et en faire une culture. L'ADN d'une de ces cellules pourrait être insérée dans une cellule stérilisée d'éléphant pour produire une sorte de clone.
Si on ne parvient pas à récupérer la totalité de l'ADN d'un mammouth, la seule solution consistera à insérer un ADN partiel dans l'embryon d'un éléphant, dans l'espoir d'obtenir une créature mixte, mi-mammouth, mi-éléphant. Il n'est pas évident qu'une telle créature soit viable. Pour obtenir un résultat proche d'un vrai mammouth, il faudra faire des croisements sur plusieurs générations. Une tâche de longue haleine, quand on sait que l'éléphant atteint sa maturité sexuelle à l'âge de 15 ans.
Etats-Unis :
Des chercheurs américains commencent à percer les secrets du code génétique du mammouth. Malheureusement, l'ADN est en mauvais état, ce qui limite les espoirs de clonage.
En 1999, une équipe de chercheurs américains a réussi à prélever et à séquencer des fragments d'ADN de mammouths d'Alaska et de Sibérie. Contrairement aux expériences précédentes, il s'agissait non pas d'ADN mitochondrial (un matériel génétique relativement pauvre, hérité de la mère seulement), mais d'ADN tiré du noyau de la cellule, issu des deux parents.
C'était la première fois que l'on analysa l'ADN nucléaire d'une espèces éteinte. L'exploit était considéré comme impossible jusqu'ici et les chercheurs ont dû imaginer de nouvelles techniques pour y parvenir. Le séquençage, qui consiste à déterminer la position précise des divers gènes, n'a été effectuée que sur une partie seulement du génome.
Les chercheurs ont notamment travaillé sur une carcasse de Mammuthus Primigenitus retrouvée en Russie en 1977. À première vue, l'animal est dans un excellent état de conservation. Mais son ADN est fortement endommagé. Les espoirs de cloner un tel animal un jour sont donc très compromis, car le clonage nécessite de l'ADN intact.
L'étude confirme cependant ce dont on se doutait déjà, à savoir que le mammouth est génétiquement plus proche de l'éléphant d'Asie que de l'éléphant d'Afrique. Et les chercheurs analysent maintenant l'ADN à la recherche de traces de virus ayant pu causer l'extinction de l'espèce.
Russie :
Un groupe scientifique dirigé par l’explorateur français Bernard Buigues a une longueur d’avance dans la course au premier clonage de mammouth. Il ont exhumés en 1999 un mammouth laineux congelé en bon état, un objectif poursuivi par des équipes du monde entier depuis des années. Leur but est d'extraire du matériel génétique intact et de s’en servir pour produire un clone. Le mammouth déterré est un animal âgé de 47 ans haut de 3 mètres et pesant deux tonnes. Il est mort il y a 20 380 ans dans le nord de la Sibérie, près de la mer de Kara et de l’île de Wrangell. Il a été découvert sous 1,50 mètres de pergélisol, où la température s’est maintenue à –15 degré depuis tout ce temps. Le haut de l’animal (la tête et la trompe) a été endommagé par les intempéries. Mais le reste serait intact, y compris les organes internes. La toison typique des mammouths laineux serait aussi en bon état. Le défi sera maintenant de prélever de l’ADN. On espère que la congélation aura conservé certaines cellules intactes cette fois-ci.